Edma MORISOT (1839-1921)

Si on lui reconnaît autant de talent que sa soeur Berthe, Edma choisit pourtant d'abandonner sa carrière artistique en 1869 au profit de sa vie familiale... Découvrez le parcours d'Edma, dont nous célébrons le centenaire de la disparition cette année....

Edma naît à Valenciennes en 1839 au sein d'une famille aisée et cultivée. Son père, Edmé Tiburce Morisot est préfet du département du Cher et sa mère, Marie Joséphine Cornélie Thomas n'est autre que la petite-nièce du célèbre peintre Jean Honoré Fragonard.


Edma a deux soeurs :

  • Yves (1838-1893) peinte par Edgar Degas et exposée au Metropolitan Museum of Art de New-York "Madame Théodore Gobillard", et

  • Berthe (1841-1895) qui deviendra l'une des fondatrices du mouvement impressionniste.



A gauche : Portrait d'Yves, l'aînée et

ci-dessous, portrait de Berthe, la benjamine.














---- Les débuts -----------------------------------------------------------

Les trois jeunes femmes reçoivent une parfaite éducation bourgeoise et apprennent notamment l'art du dessin, la pratique du piano... Pour surprendre son mari qui, lui-même, a étudié l'architecture et est amateur d'art, Madame Morisot leur offre également des leçons de peinture. Ainsi, en 1857, les jeunes filles reçoivent leurs premières leçons du peintre de style néo-classique Geoffroy-Alphonse Chocarne, mais celui-ci ne leur plait pas du tout...


Edma et Berthe souhaitent néanmoins poursuivre leurs leçons, et Madame Morisot leur trouve un autre professeur, Joseph Guichard, ancien élève d'Ingres ayant la réputation d'être un excellent pédagogue. Ce dernier, econnaissant le véritable talent d'Edma et Berthe, affirme bientôt à leurs parents : " Vos filles ont de telles inclinations… elles deviendront peintres. Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie ? Dans votre environnement de classe moyenne supérieure, ce sera une révolution, je pourrais presque dire une catastrophe. Etes-vous sûr de ne jamais maudire le jour où l'art deviendra le seul maître du destin de vos deux enfants ? "


Car si, à cette époque, la peinture était l'une des réalisations jugées nécessaires à l'éducation complète d'une jeune femme, cela tenait surtout à cultiver de bonnes "aptitudes" et s'il était de bon ton de "jouer" aux artistes en tant qu'amatrices, devenir une artiste professionnelle était à la fois ridiculisé et mal vu. Les femmes ne sont d'ailleurs pas acceptées au sein de l'Ecole des Beaux-Arts. Malgré tout, les Morisot poussent courageusement leurs filles à poursuivre la carrière de leur choix... Peut-être poussés par leur parenté avec Jean Honoré Fragonard ?


Ainsi, Edmé, leur père fait construire un studio au fond du jardin et Marie-Joséphine, leur mère, les pousse à visiter de nombreuses expositions pour travailler leur regard et copier les plus grands maîtres pour exercer leurs techniques...



---------------------------------------- La peinture de plein air ---------

C'est justement en copiant des oeuvres du Musée du Louvre qu'elles rencontrent Henri Fantin-Latour et de nombreux artistes, comme Edouard Manet. Fantin-Latour ne tarie alors pas d'éloges sur la peinture de plein air, et les deux soeurs font vivement part de leur envie de découvrir cette technique à leur professeur. Guichard les confie alors aux bons soins du célèbre peintre paysagiste, Jean-Baptiste-Camille Corot.


Ainsi, dès 1861, la famille Morisot loue une maison à Ville-d’Avray pour permettre aux jeunes filles de peindre auprès de Corot. Celui-ci deviendra également un familier de la famille, à leur domicile situé rue Franklin, à Paris.



Edma et Berthe bénéficient pleinement des conseils du maître, de son goût pour les paysages réalisés à touches rapides et larges, pour son extraordinaire travail sur la lumière et on reconnaitra d'ailleurs fortement son influence dans le style des deux soeurs.



Le professeur trouve ses deux élèves très douées mais marque toutefois une certaine préférence pour Edma qu'il trouve plus appliquée et d'un caractère plus facile*.


*Dominique Bona, "Berthe Morisot : le secret de la femme en noir", Grasset, 2000, 347 p


En 1862-63, Corot séjourne à Saintes en Charentes où il rejoint l'atelier de plein air baptisé « groupe du Port-Berteau » avec Gustave Courbet, Hippolyte Pradelles... Il confie donc les jeunes soeurs Morisot à son élève le peintre paysagiste Achille Oudinot, qu'il estime mieux apte que lui à parfaire leur formation.


Complices, partageant une relation étroite et solidaire, toutes ces années d'apprentissage sont autant de bonheur partagé pour les soeurs Morisot.



---- Le premier Salon ----------------------------------------------------

Les deux soeurs poursuivent leur formation en réalisant de nombreuses peintures sur le motif, en plein air, de paysages et s'essayent également aux portraits. Elles se serviront d'ailleurs mutuellement de modèles.


En en 1864, les Morisot louèrent une ferme près d’Auvers-sur-Oise, dans un quartier de Pontoise nommé « Le Chou » et reçoivent, en bonne famille bourgeoise, de grands noms de l'époque. Leurs filles purent ainsi rencontrer des artistes et écrivains renommés comme la famille Manet, Charles-François Daubigny, Honoré Daumier ou encore Émile Zola.


De leur séjour à Auvers, les deux soeurs tirent quelques toiles qu'elles envoient au Salon, où elles sont admises. Berthe présente "Un vieux chemin à Auvers" et "Souvenirs des bords de l'Oise", Edma, elle, présente "Effet du Soir" une scène de rivière proche de l'Ecole de Barbizon.


Ci-dessus : Berthe Morisot "Un vieux chemin à Auvers" et "Souvenirs des bords de l'Oise"

A droite, Edma Morisot "Bord de rivière" disponible sur Galerie de Sophie, sans doute proche du tableau présenté au Salon de 1864.


Au cours de ce Salon, elles sont d'ailleurs déjà remarquées par quelques critiques. Le Courrier artistique, souligne ainsi l'influence de Corot et écrit : « A côté de M. Oudinot, ses charmantes élèves Mlles Berthe et Edma Morisot... Ce sont deux jeunes filles que ce Salon nous a révélées et auxquelles la vieille nature semble sourire dès leur début (...) Un paysage Effet du soir, par Mlle Edma, et un vieux chemin à Auvers, par Mlle Berthe, prouvent la douce admiration des adeptes pour le maître et même en de certains endroits rappellent ce dernier au point qu'on s'y méprendrait aisément. Cependant les souvenirs des bords de l'Oise, différemment choisis mais interprétés de la même façon par l'une et par l'autre soeur, se rattachent évidemment plus au maître de M. Oudinot qu'à M. Oudinot lui-même : ainsi l'on voit parfois, et la famille en est toute réjouie, des enfants nouveau-nés avoir quelques traits du grand-père. »


C'est une véritable consécration pour les deux soeurs qui participeront alors aux Salons de 1865, 1866, 1867 et 1868.


En 1869, Edma épouse l'officier de marine, Adolphe Pontillon et renonce à sa carrière artistique. Elle rejoint alors la Bretagne et se consacre pleinement à sa vie de mère et d'épouse. Les deux soeurs resteront pourtant toujours très proches et Edma servira encore de modèle à Berthe, qui la nomme désormais "Mme Pontillon" dans ses toiles.


On ne sait si Edma regretta de s'être détournée de sa carrière artistique quand Berthe put, elle, s'y adonner tout au long de sa vie. Les deux soeurs restèrent néanmoins toujours aussi proches et correspondirent régulièrement. Edma écrit un jour à sa soeur : «… Je suis souvent avec vous dans mes pensées, chère Berthe. Je suis dans ton studio et j'aime m'échapper, ne serait-ce que pendant un quart d'heure, pour respirer cette atmosphère que nous avons partagée pendant de nombreuses années… »


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Ci-dessous, Berthe représente sa soeur avec :

"Jeune femme à la fenêtre - Mme Pontillon"

"Vue du Port de Lorient"

"Au bord de la forêt"

"La lecture"



---------------------------------------- La carrière de Berthe -----------


Le portrait d'Edma qui sera sans doute le plus remarqué sera "le Berceau" où Berthe à l'occasion d'une de ses visites représente sa soeur délicatement penchée sur le berceau de sa fille, Blanche.


« La façon dont Berthe peint cette enfant avec des blancs détrempés, des gris frottés et des petits points roses parsemés sur le bord du tissu suppose un pinceau extraordinairement libre qui contraste avec les traits nettement dessinés de la mère. »



C’est de cette époque que date le plein épanouissement de Berthe. Avec ses amis peintres tels que Monet, Renoir, Pissarro ou encore Edgar Degas, elle fonde la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs dont l'objectif est de permettre aux impressionnistes d’exposer librement sans passer par le Salon officiel organisé par l’Académie des Beaux-Arts.


La première exposition impressionniste est organisée à Paris en avril 1874. Berthe est la seule femme a y participer, elle y expose "Le Berceau" entre autres oeuvres dont quatorze huiles, trois pastels et trois aquarelles. S'affirmant pleinement, elle participa également à une vente chez Drouot, où elle put vendre une douzaine d'oeuvres. Ce fut pourtant un scandale. Renoir raconte même qu’un détracteur avait qualifié Berthe Morisot de prostituée et que Pissarro lui avait envoyé son poing dans la figure, ce qui avait déclenché une bagarre. La police fut appelée en renfort.


Berthe persévère toutefois dans sa voie. En décembre, elle épouse Eugène Manet, frère du peintre Edouard Manet, moins connu qu'Edouard mais également peintre. Ce dernier soutiendra sa femme tout au long de sa carrière et il posera régulièrement pour elle. Elle deviendra, en effet, une véritable figure du mouvement impressionniste et réalisera de nombreux portraits et scènes délicates. Nombreux sont ses tableaux exposés aujourd'hui dans de grands musées. (Près de 80 oeuvres au sein du Musée Marmottan à Paris). Berthe s'éteindra en 1895 et malgré sa riche production artistique, le certificat de décès mentionne qu'elle est : « sans profession ». Enterrée dans le caveau de la famille Manet, ce dernier mentionne simplement « Berthe Morisot, veuve d'Eugène Manet ».


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